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Trente ans déjà

 

Le 3 juillet, l’équipe de France 1979 s’est réunie à Paris pour assister au match France – Serbie à Bercy. Et se retrouver en souvenir de leur quatrième place européenne.

 

 

            Je suis sidéré. Certains d’entre vous, chers lecteurs, n’étaient pas nés en 1979, et évoquer ces trente ans passés peut paraître radotages de vieux combattant.

Détrompez-vous : le temps passe plus vite qu’on ne le croit et le volley n’a guère changé. Je dirais même, que s’il a grandi, s’il a forci, il s’est simplifié : il y a trente ans, il demandait plus de technique et de tactique !

            En 1979, j’étais excité comme une puce volleyeuse : je venais de créer la rubrique « volley » de « L’ÉQUIPE » et tentais de lancer un vrai magazine «VOLLEY-BALL ». Et voilà-t-y pas que Georges Boudry, le président d’alors, après avoir obtenu l’organisation du championnat d’Europe à Paris, décida d’écourter le championnat de France et de préparer les internationaux pendant six mois. Au grand dam des clubs, bien entendu. Sans qu’ils devinent que six ans plus tard, en 1985, Georges Boudry ne réserverait pas six mois mais dix-huit mois pour préparer le Mondial à Bercy ! Avec une sixième place à l’arrivée, un demi-échec, et une non-réélection assurée.

            En attendant, une équipe était née en 1979. Avec une formidable quatrième place à Coubertin. Pourquoi formidable ? Simplement, parce que depuis 1952, les Français n’avaient jamais fait mieux que huitièmes (on oublie les balbutiements du championnat d’Europe avec quatre ou six équipes).

            Il y a six mois, je reçus un mail de Jean-Loup Miguet, attaquant de pointe d’alors, désirant recomposer cette équipe 79 à l’occasion du France - Serbie de la Ligue Mondiale à Bercy le 3 juillet 2009. Une idée extraordinaire, mais, hors la nostalgie, quel intérêt de rassembler ces vieillards cacochymes ? 

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            « Je suis sidéré », entamai-je ce papier. Ça, pour le moins ! Je pensais vieillards, je tombai sur une bande de gamins. Pas un poil de graisse, pas une ride, une technique volley impeccable, un humour sans failles, bref, les mêmes que j’avais admirés trente ans plus tôt.

            Je vous raconte cette journée du 3 juillet.

 

« Normal qu’ils soient volleyeurs… »

           

            Gare de Lyon, dix heures du matin. La foule énorme des départs. Au pied du « Train Bleu », le resto classé, la voix tonitruante du savoyard Miguet, couvrant le brouhaha de milliers de vacanciers hagards (de Lyon, bien sûr). « Oh, Gilles, on est là ! ». Sidéré. Une gueule d’ado, un bagout toujours aussi vitupérant. La gouaille intacte. Ce type, avec 1,86m - « t’as toujours écrit que je mesurais 1,89m, c’était pour me faire plaisir ?... », jouait tout de même au poste d’attaquant de pointe ! Et une phénoménale vitesse de bras. « Mais non, tu t’es tassé ». Avec lui, Hervé Haigron, autre Savoyard, deuxième passeur derrière Dominique Pavan. 1,82m ; je l’avais entraîné en équipe de France FSGT. Une merveille de technicien. Je pus m’en apercevoir l’après-midi sur un beach improvisé à Saint-Cloud : jamais vu un tel sens du jeu, toujours intact.

            Puis nous rejoignirent les parents Geiler : le grand Christophe (2,02m), le seul grand de l’époque, et sa femme Brigitte, ex-Boulay, toujours aussi bavarde qu’en équipe de France. Et bien entendu ravis de voir leur deux fils se frotter aux Serbes le soir. « Normal qu’ils soient volleyeurs… », commentais-je bêtement. « Tu rigoles ! », répondit Brigitte, « si tu savais le nombre d’autres sports qu’ils ont pratiqués ! ». Sidéré : Loïc et Baptiste devant dix mille fans à Bercy et papa-maman qui copient un couple de Peynet ! Un conseil, les jeunes : oubliez les crèmes anti-rides Machin et les liftings à l’hôpital Trucmuche : continuez à taper le ballon. C’est plus fatigant, mais ça coûte moins cher et c’est efficace.

            Autre sudiste à nous rejoindre, Alain Fabiani. Encore junior, pas encore le n°1 mondial de la passe qu’il devint quelques années plus tard, venu du Cannet où il bosse avec la mairesse. Toujours sa silhouette d’athlète, son verbe aiguisé, son œil scrutateur. Puis Dominique Pavan, le passeur n°1, gaucher d’1,84m, relais parisien de Miguet pour l’organisation parisienne.

            Tout le monde essaya de se retrouver au nouveau siège de L’ÉQUIPE à Boulogne-Billancourt. À l’invitation de Jean Hornain, toujours aussi grand avec  

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son 1,96m et ses cinquante kilos, toujours aussi blond mignon. Et devenu, grosse tête oblige, l’un des grands patrons du groupe Amaury.

            Moi, je n’avais connu que le Faubourg Montmartre comme siège historique de L’ÉQUIPE, puis le déménagement à Issy-les-Moulineaux en 1987, avec le passage en couleur de la Une. Alors dégoter le nouvel immeuble, la galère ! Une rue même pas répertoriée sur GPS, en chantier… bref, le Hornain se fit de la bile pour son déjeuner de traiteur. Mais tout le monde arriva à bon port.

            Et je tombais sur tous les autres : Lionel Devos, 2,01m (l’autre grand, fallait les trouver à l’époque !), gaucher, souriant, informaticien, bonnes joues et toujours souriant ; Berdoulet, le kiné fidèle bordelais qui nous avait initié à la chasse nocturne à la palombe et au Château Yqem, Marcovitch, le toubib fan de volley qui abandonna son cabinet pour entraîner. Et d’autres joueurs exceptionnels : Marc Rousselin, beau blond d’une série policière miamesque. Pas une ride, sourire toujours narquois, une flopée d’enfants et un amour du volley intact dans son boulot d’instructeur. Eric Bouvier, 1,96m, le futur attaquant de pointe de 1986, dont on attendit quelques années qu’il frappe dans le terrain et non dans la cage de handball (merci Claude Chanou, l’entraîneur grenoblois devenu polynésien). Éric devint phénoménal. Non seulement sur le terrain, mais en dehors : marié à Dominique Raguin (allez Lyon !), sœur de Véronique, toutes deux piliers de l’équipe de France féminine, et beau-frère de Patrick Chêne, homme de télé, il accumula les diplômes de pharmacie et de biologie. Lorsqu’il se retrouva à L’ÉQUIPE ce 3 juillet, il sortait de trois ans aux États-Unis comme patron du plus célèbre des labos pharmaceutiques français.

 

« Jalousie de ma part ? C’est évident ! »

 

            Après le déjeuner, Philippe Dardelet, attaquant-réceptionneur, 1,87m, Racingman, autre pilier de cette équipe 79 et autre relais de Miguet à Paris, conduisit toute la troupe au Country Club de Saint-Cloud jouxtant l’hippodrome.

            C’est là que je redécouvris sur le terrain de Beach la science du jeu d’Haigron, mas aussi le talent de Stéphane Faure et le dynamisme de sa femme Beate, l’énergie des époux Geiler, la technique immuable de Rousselin. Je ne vous parle pas du soleil et du sable pour cet impromptu offert à ces quinquagénaires sortant de table. Jalousie de ma part ? C’est évident.

            Puis tout le monde rejoignit Bercy, de l’autre côté de Paris (tous les provinciaux se félicitèrent de ne pas habiter la Capitale). Direction, le Club

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Méditerranée, à un kilomètre de route piétonne du POPB. Sous la houlette de Dominique Pavan, bien d’autres internationaux avaient rallié ce nouveau point de rendez-vous : Didier Baronnet (la génération précédente, et attaquant principal avec 1,90m, la taille du passeur actuel Pierre Pujol…), Alain Debès (le seul international de l’histoire, aujourd’hui médecin, à avoir été sélectionné alors qu’il évoluait en N3 à Strasbourg !) ou André Patin, l’incontournable entraîneur d’Asnières qui aura formé plus de jeunes au haut niveau que ses centimètres pour assurer la passe de l’équipe de France (184).

            Tout le monde assista donc au match France-Serbie sous les commentaires hilarants de Jean-Loup Miguet. Exemple : « Je m’excuse, mais nous, on n’a jamais perdu contre la Serbie ! ».

            Évidemment, puisque la Yougoslavie, championne olympique et du monde, portait un autre nom. Après le dîner au Club Med, me restent quelques réflexions : en 79, une véritable équipe nationale est née ; elle allait durer jusqu’à 1988 et les Jeux de Séoul) ; elle n’a pas vraiment réussi comme le hand, mais l’amitié et la solidarité n’ont pas pris une ride en trente ans. Certains ne s’étaient pas vus depuis ce tiers de siècle, mais leur émotion à se revoir ne trompait pas ; le volley a terriblement grandi, grossi et rapporté plus de sous. Il n’empêche que toute cette équipe 79 est à l’aise dans ses baskets professionnelles : le parcours de certains (Hornain, Bouvier) impose même le respect.

            Je suis sidéré : tous ces types sont beaux, jeunes et ne paraissent pas leur âge. Alors ? Certes, ils n’ont pas entassé les millions des footeux ; certes, ils n’ont pu se glorifier des titres mondiaux ou olympiques des handballeurs. Mais ils se sont retrouvés chaleureusement. Avec l’impression d’avoir vécu des moments très forts dans leur vie : n’est-ce pas l’essentiel ?

            Dans trente ans, en 2039, si le Dieu Volley me prête vie, je vous raconterai les aventures de l’équipe de France 2009 actuelle. En espérant qu’elle aura autant de passions et de joies à faire ressurgir .

 

Gilles PETIT       

                       

 
 
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